L’arche de Stella

Stella refuse de se faire payer pour aider les animaux. Lorsque que quelqu’un lui en laisse en pension, elle ne demande rien, et les propriétaires lui donnent du matériel. Le refuge fonctionne beaucoup sur le principe du troc et de la récupération. © Muriel Le Loarer

En Ille-et-Vilaine, une passionnée d’animaux et sa famille partagent leur maison et leur jardin avec quelques 80 rescapés de la ferme, à plumes et à poils. Chiens, chats, truie, boucs, chèvres, lapins, volailles, ponette et âne se refont une santé avant de trouver une famille d’adoption.

Dans le jardin, l’herbe a été remplacée par la boue. Les tempêtes de l’hiver ont fragilisé les enclos ; des arbres sont tombés sur des animaux. La pluie, combinée aux allées et venues des bêtes, empêche l’herbe de repousser. Dans ce décor en reconstruction, je fais la connaissance de Claude, un magnifique dindon reproducteur qui devait être mangé à Noël. Il se pavane parmi les boucs qui nous suivent et béguètent, à la recherche de caresses.
Après quelques minutes à observer les immenses coqs de combat et à faire le tour des enclos, je m’interroge : Stella m’a parlé d’une truie, mais je ne la vois pas. Alors que je lui pose la question, elle m’amène au milieu du jardin et me dit : « Écoute ! » Lorsqu’on se concentre, le bruit de fond disparaît. J’entends un ronflement, très fort et régulier, je me baisse et, à quelques mètres, j’aperçois Peggy, en pleine sieste sous un abri. Je me mets à rire, Stella aussi. « Souvent, Claude dort collé à elle, je ne sais pas comment il fait. »

« Ce qu’ils vivent, je l’ai vécu »

Lorsqu’on pénètre dans la maison par sa petite porte, les boucs tentent d’entrer avec nous. Ils finissent par pénétrer dans le couloir, toquent à la porte qui donne sur le salon… Stella les raccompagne. Au fond du salon, une grande cage abrite deux tourterelles.

On me les a amenées, car elles n’avaient “pas une belle couleur”. Au début j’ai refusé, ce n’est pas une raison pour abandonner un animal. Mais ils m’ont dit : “Le chat va se régaler”, alors je les ai prises.

Chez Stella, aucun animal n’est laissé à l’abandon. Même si, à la base, le refuge accueille uniquement les animaux de ferme, cinq chiens, dont trois à l’adoption, et neuf chats déambulent entre la maison et le jardin.
Un peu avant 10 heures, Stella explique à un groupe d’adolescents ce qu’ils vont faire ce matin. Tous les jeudis, pendant 1h30, ces jeunes « cassés par la vie », pris en charge dans un Itep (Institut thérapeutique éducatif et pédagogique), participent à la vie du refuge.

Pour soigner des troubles comportementaux,  les animaux sont la meilleure thérapie, car ils ne font pas de réflexions, ils ne répondent pas.

Stella

Stella n’a pas eu une jeunesse facile : elle a vécu en famille d’accueil, puis à la rue, et a sombré dans la délinquance avant d’être intégrée dans un foyer pour adolescents. « Ce qu’ils vivent, je l’ai vécu. Je ne les oblige à rien, je fais en sorte qu’ils prennent des initiatives, pour qu’ils reprennent confiance en eux et en les autres. » Avec eux, Stella monte des projets. Ils ont, par exemple, construit un bac à cendres pour que les oies puissent se gratter. « Ce qui est super, c’est que les oies s’en sont tout de suite servi ! Ils prennent conscience qu’avec pas grand-chose, on peut faire beaucoup. »
« Stella prépare toujours notre venue, on sait tout de suite où on se lance, elle fait le programme », explique Nadège, éducatrice à l’Itep. Après avoir enfilé leurs bottes de pluie, certains adolescents s’occupent de changer les cages des lapins et cochons dindes et de leur donner à manger, pendant que les autres construisent une cabane pour les poules. Dans la pièce, tout en longueur, qui abrite les rongeurs, Stella présente Louis, un cochon d’Inde, qu’Enzo, 11 ans, tient contre sa poitrine. « Tu vois, on m’a donné Louis car il ne s’entendait pas avec les enfants. » « Lui, là ?! s’exclame Enzo. Mais regarde, je lui fais un bisou sur le nez ! »

Au refuge, chaque animal est un membre de la famille, et il est hors de question de se servir d’eux. La ponette n’est pas montée ; les œufs des poules sont donnés à des familles dans le besoin. L’adoption des animaux est très contrôlée par Stella et les bénévoles, qui souhaitent connaître les futures familles des pensionnaires. Ainsi, avant toute adoption, une rencontre au refuge est organisée. Ensuite, a lieu une visite chez la personne.

On fait un contrat famille d’accueil pour une période de 15 jours. Si ça ne va pas, la personne le ramène au refuge, et sinon, un bénévole vient contrôler par surprise, voir comment va l’animal.

Si tout se passe bien, Stella fait le changement de propriétaire, et délivre le carnet de santé. Cette proximité avec les adoptants, elle y tient énormément. « C’est un petit refuge, on veut qu’il reste familial, c’est important. » Elle travaille avec l’aide de quelques bénévoles, et quatre familles d’accueil pour chiens, chats et animaux très peu adoptables. Les autres vivent au refuge et, « si les animaux ne sont pas adoptés, on ne s’en débarrasse pas ». Certains animaux ne sont pas mis à l’adoption, car Stella juge « trop risqué » de placer un lapin viande ou une poule non pondeuse…
Pour faire vivre le refuge, Stella peut compter sur le soutien de son conjoint, maçon de profession, ainsi que sur des dons de nourriture par de grandes enseignes. Pour le foin, un ancien agriculteur du coin leur fait un prix très attractif. « Ils nous donnent, car ils ont vu le travail que l’on fournit au refuge. »
Stella refuse de se faire payer pour aider les animaux. Lorsque quelqu’un lui en laisse en pension, elle ne demande rien, et les propriétaires lui donnent du matériel. Le refuge fonctionne beaucoup sur le principe du troc et de la récupération. « C’est un mode de vie, on a fait le choix d’être le plus naturel possible, humainement et matériellement. » Malgré tout, elle déplore un manque de moyens financiers qui l’empêche de sécuriser les enclos des canards, et de reconstruire la cabane et le parc détruits par les tempêtes.

Renards, chasseurs, vegans…

S’occuper du refuge est un métier à plein temps, et Stella reconnaît que ce n’est pas facile tous les jours. Entre le jardin, les cages des lapins, la page facebook, le téléphone et sa fille Valériane, 5 ans, les journées de Stella sont bien remplies. Durant ma visite, elle reçoit un appel pour une possible adoption, et énormément de messages concernant la prise en charge de nouveaux animaux : « C’est une zone difficile, il y a beaucoup de maltraitance. »
La petite famille ne peut plus partir en vacances, et la nuit, elle est parfois réveillée par des cris.

Une nuit, un renard est entré, il a tué une poule que je venais de remettre dehors après avoir soigné sa patte cassée. Je l’ai vécu comme un énorme échec.

Mais la venue du renard est un phénomène naturel, elle le conçoit et l’accepte. Ce qu’elle n’accepte pas, ce sont les tentatives d’intimidation de chasseurs, qui ont plusieurs fois tenté d’entrer dans le refuge. Après quelques altercations avec eux, Stella a dû investir dans plusieurs caméras. D’un extrême à un autre, le « refuge de Valou et ses plumes » s’est aussi attiré les foudres de vegans pour qui les animaux doivent être laissés libres. « Je récupère des animaux blessés, traumatisés, si je les laisse libres, ils meurent. J’étais estomaquée par leur discours », s’étonne Stella.

Muriel Le Loarer
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  • Le refuge de Valou et ses plumes, 2, Le Chesnay, 35610 Pleine-Fougères – 07 87 52 23 27 –
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