Pour passer leur diplôme, les élèves de CAP doivent présenter un « chef d’œuvre ». Cette année, ce travail commun va les emmener au festival Marsatac, dont ils transforment les anciennes bâches en bananes et étuis à lunettes. Rendez-vous sur leur stand, du 16 au 18 juin à Marseille.
Porte-cartes et porte-clés, bananes, étuis à lunettes… Dans l’atelier de maroquinerie du lycée professionnel Brochier, à Marseille, les élèves de CAP sortent leurs créations. D’habitude, ici, on travaille surtout le cuir et ses imitations. Mais les objets aux couleurs vives fabriqués en ce moment sont faits d’une autre matière. « On réutilise d’anciennes bâches du festival Marsatac, explique Fanny, une élève. Les organisateurs se demandaient quoi en faire. La bâche se travaille à peu près comme du cuir, elle a les mêmes propriétés que lui, ne s’effiloche pas. Réutiliser la matière au lieu de la jeter, ça fait partie des valeurs de ce festival. » Les élèves vendront leurs créations sur un stand pendant Marsatac, du 16 au 18 juin, dans le parc Borély de la citée phocéenne. En échange, ils pourront visiter l’installation du festival, assisteront gratuitement à des concerts, et des musiciens interviendront au lycée. « Quand on a su les artistes qui seront présents, on s’est enjaillés en classe !, sourit Fanny. On a choisi des objets qui seront utiles aux personnes pendant le festival, et qui leur feront un souvenir. » Alicia ajoute : « On a réfléchi ensemble à ce qu’on pouvait faire. On travaille en équipe, comme une vraie entreprise. » Cette production collective sera le chef-d’œuvre que les élèves présenteront pour obtenir leur CAP de maroquinerie. Le chef-d’œuvre ? Un projet libre sur deux ans, dont les grandes lignes sont définies par les enseignants – en associant éventuellement les élèves à la réflexion, comme c’est le cas ici.
« J’ai trouvé quelque chose d’une grande importance »
Sur le petit effectif de la classe, tout le monde n’a pas choisi spontanément la maroquinerie. Souleymane, 19 ans, vient du Sénégal. Arrivé à Marseille en 2019, il a démarré sa formation deux ans plus tard. « Au début, je voulais faire carrosserie, mais je n’ai pas trouvé de place. Les six premiers mois, la maroquinerie ne me plaisait pas. Puis, j’ai trouvé quelque chose d’une grande importance. J’ai appris la couture, et à travailler de façon différente. C’est pour ça que je reste. » Alicia, elle aussi, est « rentrée dans la maroquinerie plus par obligation que par envie. De base, ce n’est pas ce que je voulais faire, mais avec ce que j’ai appris et comment j’ai évolué dans cette filière, je vais m’orienter dedans. Finalement, fabriquer des objets du début à la fin soi-même, c’est sympa. Après, je vais faire métiers du vêtements. Mais j’ai raté le CAP l’an dernier à cause du stress »… Marine, 16 ans, réfléchit à son « orientation future. La première année m’a plu. La deuxième, j’ai été en décrochage. J’aime faire de la maroquinerie, mais je m’y vois pas dans le futur. J’aimerais travailler dans la petite enfance – mais c’est énormément demandé –, ou l’esthétique. Si je réussis mon CAP maroquinerie, j’en ferai un autre en un an. »
« Ce n’est pas perdu »
Il y a également Shkerte, albanaise du Kosovo, qui « aime beaucoup la couture et la maroquinerie », et Élisa, qui vient du Portugal. Quant à Fanny, elle s’est inscrite à ce CAP après un Bac pro mode, « pour compléter avec les savoir-faire du cuir. Je veux être créatrice de mode ». Entre ceux venus par vocation et ceux qui atterrissent là par défaut, il y a souvent « un choc des cultures, sourit Laureen Robert, leur enseignante technique. En général, quelques élèves plus âgés font le CAP en un an », avec un projet professionnel bien précis. D’autres sont là parce que cette filière, peu connue, est moins demandée que d’autres. Le tout petit effectif donne à l’atelier une ambiance familiale. « Plusieurs ne parlaient pas français en arrivant, et maintenant, ils arrivent tous à travailler ensemble » se réjouit Laureen Robert, qui est elle-même passée par ce lycée avant de se lancer dans la maroquinerie artisanale. Avec uniquement leur CAP, peu d’élèves trouveront directement un poste en maroquinerie. « En niveau CAP, on forme des exécutants, et il n’y a pas trop de travail dans ce secteur sur Marseille, souligne l’enseignante. Quelques-uns se font embaucher en cordonnerie. Ils peuvent aussi poursuivre leur formation jusqu’au BTS. » Cutter, règle, précision, utilisation des machines… Même si tous n’en feront pas leur métier, la découverte de ce travail manuel rigoureux leur ouvre des perspectives qu’ils n’avaient pas forcément envisagées. « Ce n’est pas perdu, conclut Marine. J’ai appris beaucoup de choses qui vont m’aider. »
Lisa Giachino









