Par ses cours, ses ateliers, son lieu d’accueil et des formations professionnelles, l’association rennaise Langophonies cherche à faire bouger les représentations.
La glottophobie* donne lieu à des maltraitances volontaires, ou involontaires », constate Irene. Créée en 2014 par trois étudiantes sorties de leur master en sociolinguistique, l’association Langophonies lutte contre ces discriminations liées à la langue… mais toujours dans une perspective de fête et de partage. Dix ans après son lancement, elle compte sept salariées à temps partiel et développe une large palette d’activités dans différents quartiers de Rennes, auprès des écoles, des bibliothèques ou dans ses propres lieux.
Les personnes qui suivent les cours de français langue étrangère (FLE) ne sont pas seulement considérées comme apprenantes. Elles sont aussi expertes de leur(s) propre(s) langue(s), et invitées à animer des ateliers de découverte culturelle… pas forcément à l’endroit où on les attend. La richesse des parcours migratoires est mise en valeur : une jeune femme yéménite est capable de proposer un atelier en suédois ; un Marocain peut partager ses connaissances en italien.
« L’usager n’est pas obligé de parler français ! »
Pour « faire évoluer les représentations sur la diversité », Langophonies propose aussi des formations aux travailleurs sociaux, agents des collectivités, animateurs du périscolaire… « Nous les aidons à se mettre à l’aise en tant que professionnels, dans un environnement plurilingue, explique Irene. Vous ne connaissez pas la langue de l’usager, mais lui n’est pas non plus obligé de parler français, et ça ne lui enlève pas ses droits ! Nous proposons de réfléchir à la place de la traduction dans les structures. Quelles langues sont parlées par l’équipe ? Peut-on les mettre à contribution ? »
L’association a ouvert un espace de médiation pour l’accompagnement dans les démarches, avec un accueil libre des enfants. « Les gens savent qu’ils peuvent venir avec leur bagage langagier et sont les bienvenus. » Elle accompagne huit enfants en difficultés scolaires, en s’intéressant tout particulièrement aux langues qu’ils parlent, afin de « leur permettre d’être dans une posture de connaisseur ». Fin 2023, elle organisait un stage plurilingue de danse hip-hop pour les 10-18 ans.
Langophonies pilote enfin l’événement Langues en fête, dans le quartier du Blosne, auquel se joignent de nombreuses associations : animations plurilingues, jeux conçus par les groupes d’accompagnement scolaire, lectures bilingues par des duos bibliothécaire/usager, musiques et danses communautaires, découverte culinaire…
Petit à petit, « ça essaime », sourit Irene. Mais il reste du boulot : « Des femmes viennent persuadées qu’elles doivent améliorer leur français, alors qu’elles parlent très bien. Elles sont discriminées à l’embauche à cause de leur accent. »
LG
* Lire le dossier :
– À Rennes, les « fleurs des langues » poussent dans les écoles
– Votre langue : avec ou sans accent ?
Cet article est paru dans le numéro 198 de L’âge de faire / Dossier “Parlons langues”.
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