Au sud de Grenoble, le Collectif d’entraide du Trièves apporte aide alimentaire et vestimentaire à certains habitants. Avec « Textilez-vous », il a sensibilisé au recyclage des tissus et aux impacts de l’industrie de la mode.
48 000 kg en 2024, soit 8 000 de plus qu’en 2023 », me résument Hélène et Christine, membres du Collectif d’entraide du Trièves. Ce sont les chiffres de la collecte de textiles à l’échelle de ce territoire rural d’environ 10 000 habitants. « On en garde 6,5 tonnes », précise Hélène. « On favorise la réutilisation en local. On donne à la Croix rouge, aux assos, aux centres sociaux … Par exemple, la maison de retraite peut faire appel à nous pour les personnes dont la famille ne se préoccupe pas suffisamment du trousseau. »
Née dans les années 1990, l’association a une délégation de l’État pour distribuer l’aide alimentaire. Elle est aussi cosignataire, avec la communauté de communes et le relais Emmaüs, d’un partenariat pour récupérer les déchets textiles. Elle achalande ainsi deux friperies locales, dont les recettes financent en partie les colis alimentaires et deux épiceries solidaires, des partenariats avec des producteurs bio, de l’accompagnement aux bénéficiaires et aux bénévoles…
Chaque lundi matin, une dizaine d’entre eux boucle les 55 km qui relient les bornes de récupération de tissus, mises à disposition par les relais Emmaüs. Puis, des équipes de tri répartissent le tout entre les friperies, les partenaires et le centre de tri Emmaüs de Pélussin, dans la Loire, qui récupère 23 tonnes de textiles par jour. « Le centre envoie beaucoup en Afrique, a quelques commandes spécifiques et le reste part à l’incinération. Les fibres mélangées, les synthétiques ont peu de valeur. Ce qui est gardé, ce sont les cuirs, fourrures, cotons, lins, laines, soies… », relate Hélène.
Plus de poids, moins de qualité
Il y a environ deux ans, Hélène, par ailleurs couturière et créatrice en upcycling, a été sollicitée par le département de l’Isère pour le programme « Des habits et nous ». Si le département s’est concentré sur la culture et l’histoire de la mode plutôt que sur les impacts sociaux et environnementaux de son industrie, le collectif d’entraide, lui, a souhaité « sensibiliser, sans être donneur de leçons ». Depuis un an et demi, l’asso propose diverses animations : une exposition itinérante, de l’art plastique en tissus récupérés, une exposition de patchworks, tentures, tableaux, sacs à tarte et autres créations en textiles recyclés, une visite du centre de tri d’Emmaüs, un vide-grenier de couture et de mercerie, un atelier de tri pédagogique… Le tout dans les écoles, maisons de retraites, centres sociaux, sur les places de villages…
« Les gens sont intéressés et sur pris par les chiffres, d’apprendre que beaucoup de textiles ne sont pas recyclables. Certains disent qu’ils aiment trop acheter de nouvelles choses. » À la collecte, les bénévoles voient de plus en plus de déchets neufs et de moindre qualité. Beaucoup de vêtements achetés à tellement bas prix sur internet qu’ils ne sont même pas retournés à l’envoyeur quand ils ne vont pas. « On est un peu prisonniers d’un système, constate Hélène. La seconde main a été très greenwashée. Dans l’expo, on a mis en avant les structures locales pour acheter d’occasion, car sur des sites comme Vinted les vêtements peuvent venir du bout du monde. »
Lucie Aubin








