Non loin de Briançon où les exilés trouvent l’hospitalité, des Hauts-Alpins s’opposent à l’embourgeoisement du territoire, voulu par les élus, et qui est pourtant subi par la plupart des habitants.
On connaît la formule de Rocard : « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde. » Dans les Hautes-Alpes, pays rugueux où l’hospitalité n’est pas qu’un mot, des militants répondent : « Les Alpes ne peuvent pas accueillir toute la richesse du monde ». Les 17 et 18 septembre, rejoint dans son combat par les délégations alpines d’Extinction Rebellion, d’Attac et de la Confédération paysanne, le collectif Adieu Glacier 05 a organisé un week-end de rencontres pour dénoncer la gentrification (l’embourgeoisement) des Hautes-Alpes, proposer des solutions et organiser la lutte. En effet, il n’y a pas que les centres des métropoles qui sont « attractifs » pour les bourses bien pleines, territoires qui voient leurs paysages, leurs commerces, leurs habitants, leurs « identités » changer.
« En 2 ans, les prix de l’immobilier ont augmenté de 25 % ! » José Pluki n’a pas profité de la hausse, ni ses amis locataires de logements mal isolés… Par contre, les résidences secondaires poussent aussi vite que les champignons l’automne – elles représentent déjà plus de la moité de l’habitat dans le secteur d’Embrun –, et l’accès au foncier devient de plus en plus difficile pour les actifs du territoire.
Les solutions existent. Parmi celles avancées par José et ses compagnons, il y a l’exemple… suisse, où le nombre de résidences secondaires est plafonné à 20% des constructions des communes. Par ailleurs, pour lutter contre les logements vides (et contre la difficulté de trouver une location), le collectif préconise une surtaxe foncière pour les maisons secondaires non louées à l’année, « proportionnelle à la valeur de la maison. Cet argent servirait à financer l’isolation des appartements énergivores et des HLM. » Pour lutter contre la hausse des loyers, il y a en effet le levier classique de l’habitat social, et « le blocage des loyers, la première des mesures à prendre. » Mais ici comme ailleurs, le bailleur social vend plus qu’il ne construit…
Les riches coûtent trop cher
Loin de prendre des mesures pour endiguer le phénomène, les responsables semblent au contraire tout mettre en œuvre pour faire « monter en gamme » le territoire. Ainsi, au bord du lac de Serre-Ponçon, un terrain de golf d’une valeur de 4 millions d’euros devait être financé par la collectivité. Grâce à la mobilisation des habitants, le golf a été « enterré », au moins jusqu’en 2026. « Les classes moyennes n’ont plus les moyens de venir au ski. Quant aux coûts induits par une station de ski, ils sont de plus en plus élevés du fait de la raréfaction de la neige. Au lieu d’en tirer les leçons et de changer de modèle touristique, nos élus s’enfoncent dans le déni », ce qui rend José Pluki colère : « Qui finance le régime de défiscalisation de l’immobilier à la montagne ? La collectivité. Qui finance les travaux pour enterrer un parking dans la station des Orres par exemple, pour que le site “monte en gamme” ? Qui finance les réseaux routiers, les stations d’épuration, les réseaux électriques de ces beaux quartiers hors de prix avec vue sur le lac de Serre-Ponçon ? Stop ! Ces riches gloutons, souvent des vieux inactifs, coûtent trop cher, surtout aux jeunes actifs ! »
Fabien Ginisty
Illustration : Red!, pour L’âge de faire.








