Avec les champignons, manger du césium 137 biélorusse est encore possible mais, sauf pour de gros consommateurs, le risque sanitaire est négligeable, contrairement au risque réel des champignons mortels. Toutefois, la persistance de la contamination révèle a posteriori l’ampleur du mensonge des autorités.
Les sangliers ne s’y trompent pas : le champignon possède des vertus nutritionnelles. Très faible teneur calorique, présence de fibres, relativement riche en protéines et en minéraux par rapport aux légumes… Le champignon fixe tout un tas de bonnes choses, mais pas que : début mai 1986, la quasi totalité du territoire français a été touchée par le nuage radioactif de Tchernobyl, comme le reconnaît aujourd’hui l’administration.
Le sol a été plus ou moins contaminé en « taches de léopard », selon les précipitations, avec une contamination moyenne plus élevée sur le quart est de la France. En 1986, les amateurs de champignons n’ont donc pas ingurgité que des fibres. Trente-sept ans plus tard, que reste-t-il de cette catastrophe, sinon le mensonge coupable des autorités au moment des faits ? (1)
La radioactivité de la plupart des éléments disséminés a cessé, du fait de leur « période radioactive » relativement courte : finis les risques de cancer de la thyroïde à cause de l’iode 131 – pour les champignons actuels –, ou de tout autre problème sanitaire dû au tellure 132, au ruthénium 103, au baryum 140, ou au césium 134. Reste le césium 137, le plus persistant : celui-ci perd la moitié de son activité tous les 30 ans.
L’étude la plus récente sur la radioactivité des champignons menée par la Criirad (2) a été réalisée en 2016. Sur trente-huit champignons analysés provenant de divers coins de Rhône-Alpes, trente-six comportaient encore du césium 137. Deux de ces champignons contenaient plus de 100 becquerels par kilo frais : ils n’auraient pas passé la frontière européenne s’ils avaient été cueillis au Japon. 100 Bq/kg frais, c’est en effet le seuil fixé par l’Union au-delà duquel la radioactivité du champignon est jugée trop risquée pour qu’il soit autorisé à la commercialisation.
L’étude de la Criirad est confirmée par les autorités : l’administration, via l’IRSN (3), reconnaît aujourd’hui l’existence de « zones de rémanence élevée », souvent des zones d’altitude dans l’arc alpin, où les dépôts radioactifs se sont retrouvés concentrés (fortes précipitations sous forme de neige, effet de congère, écoulement au dégel…). Certains champignons cueillis sur ces terrains dans le Jura et les Alpes présentaient encore en 2018 des « activités massiques » bien supérieures à 100 Bq/ kg (4).
RELATIVISER LES RISQUES LIÉS À LA RADIOACTIVITÉ DES CHAMPIGNONS
Et aujourd’hui ? « Il ne faut pas affoler les gens : globalement, si on faisait des analyses aujourd’hui, on trouverait encore du césium dans la plupart des champignons de l’Est de la France, mais pas à des taux qui représentent un risque sanitaire », commente Julien Syren, qui avait coordonné l’étude en 2016. Par contre, pour les champignons cueillis sur les « zones de rémanence élevée », que la Criirad qualifie, elle, de « déchets nucléaires », la probabilité de dépasser les 100 Bq/kg n’est pas du tout nulle, vues les « activités massiques » des échantillons passés.
Pour autant, faut-il rappeler que manger un seul champignon de 300 Bq/kg reste bien moins dangereux que l’ingestion de quelques dizaines de grammes d’amanite phalloïde ? Entre juillet et décembre 2021, derniers chiffres dont on dispose (5), l’ingestion de champignons a provoqué une intoxication grave à 41 personnes, dont quatre sont décédées.
« L’enjeu sanitaire lié à la radioactivité des champignons n’est plus tellement là. Le mal a été fait les premières semaines de la catastrophe, poursuit Julien Syren. Il faut quand même être conscient qu’on parle de retombées qui ont bientôt 40 ans, d’un accident qui s’est produit à 2 500 km, et qui laisse des sols encore très contaminés dans tout l’arc alpin… » Au moment des retombées, le césium 137 représentait 2 % de l’activité radioactive totale.
Fabien Ginisty








