Nourrir les animaux est l’une des principales sources de pollution de l’élevage, surtout lorsque lorsqu’on importe du soja et du maïs. Certaines fermes parviennent, au contraire, à alimenter elles-mêmes leurs bêtes.
« C’est une exploitation plutôt conséquente », concède Paul-Dominique Rebreyend, éleveur de vaches allaitantes dans la région montagneuse du Beaumont, en Isère, avec son fils Simon. La ferme du Parc de la famille Rebreyend compte 90 mères reproductrices et deux fois plus d’« élèves ». Si l’on a rencontré Paul-Dominique, c’est que la ferme est « extrêmement autonome pour l’alimentation » des vaches et que tout est vendu en direct, sur place « à 80 % » puis dans des boutiques et quelques restaurants.
La ferme est en bio depuis 2002. Elle a un parcellaire total d’environ 300 hectares, dont 200 non mécanisables, le reste étant cultivé en rotations pour l’alimentation des vaches : de la luzerne et quelque 450 tonnes annuelles de foin. Du blé bio est aussi cultivé et vendu pour
de la farine. Pour ne rien avoir à acheter – sinon le sel ainsi que des compléments en minéraux –, et afin d’assurer une alimentation équilibrée en matière azotée et en protéines pour ses Aubrac, la saison et les parcelles se divisent ainsi : l’été, une soixantaine de vaches partent en alpage sur la montagne proche, dans un groupement pastoral, pendant que le reste du troupeau pâture les parcelles non mécanisables. L’hiver, les vaches sont en stabulation libre, nourries au foin. « Alors qu’en intensif, il ne faut que 18 mois, ici, vu que l’animal se dépense, c’est 3 à 4 ans minimum pour qu’un veau soit prêt pour l’abattoir. » La ferme tient un rythme soutenu d’abattage et de vente, avec « 52 grands bovins abattus chaque année et 25 à 30 veaux », comptabilise Paul-Dominique. Ce dernier est aussi gérant de l’abattoir et de la salle de découpe de La Mure, à 5 km de là. Du circuit court, pour lui qui déplore « ces dispatching de carcasses de dimensions bizarres, vous faisant acheter à Nantes du bœuf venu de Marseille ».
Presque comme « un parasite »
D’autres paysan·nes que nous avons rencontré·es s’en sortent en développant des activités annexes, comme Anne et son mari, en polyculture élevage labellisé depuis 2000. Tout en soulignant que « l’autosuffisance pour le bétail, c’est pas la majorité des éleveurs », elle précise que « tout est une question de grosseur ».
Elle se voit presque comme « un parasite » qui s’adapte au territoire de montagne où elle vit. Le fumier des vaches amende le sol, qui nourrit les vaches, qui produisent du lait, dont Anne tire profit.
Ayant commencé avec des vaches laitières, le Gaec est passé en vaches allaitantes avec une soixantaine d’animaux, tous âges confondus. Presque 200 de moins que chez les Rebreyend. « Cela a du sens parce qu’on a tout le reste avec, qui est cohérent en fonction des saisons », résume Anne pour parler de sa production de blé bio, mais aussi une activité en bois et en location saisonnière touristique. Sans oublier le potager maison, les bocaux, le troc… Concernant la viande, l’ancienne diplômée de droit insiste sur l’importance de l’éducation du consommateur : « Une viande de veau ne doit pas forcément être blanche, comme on le souhaite aujourd’hui. En fait cela montre que la bête est carencée. Il faut aussi réapprendre à connaître et à cuisiner tous les morceaux : les moins bons sont délicieux, s’ils sont bien cuisinés ! »
Elle a envoyé l’an passé, à l’abattoir coopératif de Grenoble, six bêtes. « Chacune bien préparée, toute belle, parce que bon, tu tues dans l’affect. » Avec chaque colis qu’elle propose en prévente, elle fournit des recettes et livre à domicile, bien que cela soit peu rentable. Aussi, entre ses parcelles, elle déplace ses vaches sans bétaillère, ce qui est de moins en moins courant. Là encore, les voisins ont perdu en éducation : « S’il y a du caca sur la route, des gens se plaignent, si une vache a du sang sur la vulve parce qu’elle vient de vêler, ça choque… Les gens descendent de la lune ; on n’est pas dans une vie édulcorée ! »
Lucie Aubin







