Pour lutter contre les violentes inondations, 488 communes ont construit 100 000 petits ouvrages en bois. Une expérience pionnière dont s’inspirent d’autres pays.
Ce sont de simples barrières en troncs d’arbres, coupés dans la végétation locale et assemblés sur place. Mais ces 100 000 petits ouvrages, construits par 488 communes slovaques, ont changé la vie des villages qui étaient régulièrement envahis par des torrents d’eau, de boue et de pierres dévalant les montagnes. Construites en cascades dans les fossés et les ruisseaux, ces barrières retiennent les sédiments, comblent les zones creusées et érodées, et ralentissent l’eau qui s’infiltre mieux dans le sol. Elles bloquent aussi des matériaux comme des troncs d’arbres, qui autrefois se coinçaient sous les ponts et faisaient déborder les plus grandes rivières. « Pour implanter nos barrages, nous avons regardé où l’eau faisait le plus de dégâts, et nous avons suivi l’avis des agriculteurs qui savent où elle inonde lors des grandes pluies, explique Lúbica Džuganovà, la maire du village de Tichý Potok, dans le film Dobra Voda, de Valérie Valette. Nous avons de très bons résultats ! »
« Les zones chaudes repoussent les nuages vers la montagne »
En 2010, la Slovaquie connaît une série d’inondations catastrophiques. Le gouvernement fait appel à Michal Kravčík, hydrologue, pour lancer ce vaste programme. Peu coûteux et écologiques, ces aménagements ont un double effet : des rivières asséchées retrouvent du débit.
Michal Kravčík explique dans le film que les sols nus de la plaine de l’est, asséchés par l’agriculture intensive, renvoient de la chaleur dans l’atmosphère. « Là où l’énergie solaire est consommée par évaporation, la production de chaleur sensible est faible et le pays est plus humide, explique-t-il à Valérie Valette. On dit que la forêt attire la pluie. Mais ce sont les zones chaudes tout autour qui repoussent les nuages vers la montagne, où ils se condensent et se déversent. Ceci provoque des inondations fulgurantes. » « On étudie les effets du réchauffement climatique sur l’eau, mais cette problématique doit être inversée : la façon dont l’eau a été maltraitée est l’une des causes du réchauffement », résume Valérie Valette, qui vulgarise dans son film les travaux de Michal Kravčík. Avec une équipe d’hydrologues et de chercheurs, celui-ci s’est appuyé sur les résultats de l’expérimentation menée en Slovaquie afin de rédiger L’eau pour restaurer le climat : un nouveau paradigme, un ouvrage qui fait référence.
La Norvège, confrontée elle aussi à des pluies violentes, a envoyé des experts en Slovaquie pour que Michal Kravčík leur transmette sa méthode. « Le système est si fin qu’on s’occupe de chaque goutte de pluie », se réjouit l’un d’eux.
LG
> Fleurs du futur : Dobra Voda, Valérie Valette, Valliance, 2015.

SOMMAIRE COMPLET DU DOSSIER
- « S’adapter et régénérer, ça n’a rien à voir ! »
- Faire avec plutôt que contre la nature
- Slovaquie : le « nouveau paradigme de l’eau » en pratique
- « Renaturation », après la politique de la terre drainée, le retour aux sources ?
- Activer le « fluvio-sensible » pour défendre les rivières
- Les gouttes d’art font les grandes luttes







