Torréfier au soleil de… Normandie !

Pour alimenter un même appareil, l'utilisation directe du soleil nécessite beaucoup moins de surface de captage que la production d'électricité. © NéoLoco

Tournesol, lin, chanvre, noisette ou châtaigne… Grâce à son torréfacteur solaire, une coopérative soutient les filières locales et propose des alternatives aux produits importés de l’autre bout du monde.

Cinquante-sept miroirs orientés pour refléter le soleil dans le four : c’est le principe du torréfacteur de NeoLoco, une jeune coopérative normande qui propose des alternatives locales aux produits importés de l’autre bout du monde. Arnaud Crétot (1) a travaillé plusieurs années avec Gosol, une entreprise basée en Finlande, qui conçoit des concentrateurs solaires pour alimenter l’artisanat en remplacement du bois, du charbon ou de l’électricité. En constatant l’efficacité des torréfacteurs utilisés au Kenya, en Tanzanie ou aux Philippines, le jeune ingénieur s’est dit que la même technologie pouvait être utilisée… en Normandie.

Il faut du soleil direct, mais comme nous travaillons des produits de conservation, ce n’est pas gênant de ne pas pouvoir torréfier en permanence. Quand il n’y a pas de soleil, on va voir les clients ou on fait de la mise en sachets. Et si on a trois semaines de soleil, on va pouvoir produire pour plusieurs mois. Le faire en Normandie, c’est montrer qu’on peut le faire partout !


À temps plein sur le projet, Arnaud est membre d’une coopérative d’activité et d’emploi (CAE) et fait appel à ses associé·es quand il a besoin d’aide.
Pour concurrencer les cacahuètes, NeoLoco torréfie des noisettes, des graines de courge et de tournesol dans un vinaigre de cidre maison. Lin et chanvre sont transformés en gomasio. La coopérative ne prétend pas remplacer le chocolat, mais propose un succédané appétissant : des plaquettes de graines enrobées de miel. « Elles peuvent être servies avec le café dans les bars et restaurants, être grignotées quand on a envie d’une gourmandise, et sont utilisées par les randonneurs », souligne Arnaud. Quant au « Café du résistant », bientôt mis en vente, il sera fabriqué en adaptant de vieilles recettes : « Pendant l’occupation allemande, les gens se sont remis à torréfier des châtaignes, des poids cassés ou des glands de chêne, comme ils le faisaient sans doute avant que le café ne s’impose partout », indique Arnaud. Du pain sera également cuit dans le four.

Précommandes de « graines solaires »

Certains des ingrédients sont produits en Normandie, d’autres « devraient l’être ». L’un des enjeux de l’entreprise est en effet de soutenir, mais aussi de reconstituer les filières locales. « Les filières de lin et de chanvre sont déjà en place, tandis que celle de la noisette a été dévastée, explique Arnaud. Depuis quelques années, des gens ont replanté des noisetiers, mais cela va demander trois ou quatre ans pour que les arbres produisent. » Autre cas de figure : « Le tournesol est cultivé, mais il n’y a pas de décortiqueuse en Normandie. Il faut créer des débouchés pour que ça devienne intéressant d’investir dans la machine. »

NeoLoco fait aussi la démonstration de l’efficacité de l’énergie solaire directe. « Si notre appareil fonctionnait à l’électricité, il nous faudrait six à sept fois plus de surface pour capter l’énergie solaire », confie Arnaud. Après avoir lancé la production, son objectif est de faire construire un second torréfacteur, plus grand. Pour le financer, une campagne de précommande des premières « graines solaires » a été lancée (2). Les paquets de graines réservés pourront être retirés à Paris ou en Normandie, ou éventuellement être envoyés. L’artisan espère que d’autres torréfacteurs et paysans-boulangers seront intéressés par ce type d’appareil, afin de lancer des fabrications en petite série et de faire baisser les coûts. C’est également le projet de Gosol, qui cherche des financements pour ouvrir une micro-usine, et rendre l’achat accessible aux entreprises familiales africaines et asiatiques.

L’utilisation directe de l’énergie solaire, qui ne nécessite pas de terres rares et ne produit pas de résidu de combustion, peut changer radicalement les choses.

estime Arnaud.

Lisa Giachino
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1 – Il a aussi fondé Les vagabonds de l’énergie, une association qui milite pour des énergies renouvelables locales et sociales, dont nous avions relayé les reportages en 2017-2018.
2 – Pour soutenir NeoLoco en précommandant des graines : https://neoloco.fr/