Vice-présidente de la région Bretagne en charge de l’éducation, la socialiste Isabelle Pellerin explique pourquoi sa collectivité a fait le choix de ne pas généraliser la distribution de tablettes ou d’ordinateurs portables à chaque élève. Entretien.
L’âge de faire : Contrairement à beaucoup d’autres collectivités, la région Bretagne a décidé de ne pas généraliser la distribution de tablettes. Pourquoi ?
I.P. : On est partis de différents retours d’expériences, on a beaucoup échangé avec les enseignants, les équipes de direction, les parents… On a constaté que les usages sont très variés d’un établissement à l’autre, d’une discipline à l’autre ou même d’un prof à l’autre. Et donc que la généralisation des tablettes ou des ordinateurs n’était pas la solution : si les équipes pédagogiques ne s’en saisissent pas, c’est du matériel qui n’est pas utilisé, qui devient très vite obsolète et qui n’apporte rien en termes d’apprentissage. Cela représente un gaspillage d’argent public et a un impact écologique inutile. C’est ce constat qui nous a fait pencher pour de l’accompagnement de projets spécifiques, parce que certains enseignants étaient très demandeurs.
Qu’est-ce qui est ressorti de vos échanges avec les parents et les enseignants ?
I.P. : On s’est aperçu que beaucoup d’enseignants préfèrent travailler différemment, sans tablettes. D’où l’idée d’être au plus près des besoins pédagogiques. Quant aux parents, ils ne sont pas non plus unanimes sur le sujet. Certains n’ont pas très envie que leurs enfants soient en permanence devant un écran, au sein de l’établissement d’abord, puis à la maison où ils seraient amenés à travailler sur une tablette ou un ordinateur que le lycée leur aurait donné. Il n’y a pas de consensus autour de cette question. Je pense que le numérique peut compléter certaines acquisitions. Dans un lycée pro, qui enseigne notamment la conduite sur des poids lourds, j’aimerais bien que les premiers stades de l’apprentissage puissent se faire sur un simulateur plutôt que de cramer du gazole en faisant rouler des véhicules. Ça se fait déjà pour l’apprentissage de la conduite maritime. Mais le numérique n’est pas l’alpha et l’oméga de la pédagogie. Le numérique est un outil parmi d’autres, mais il ne va pas révolutionner les choses. La réussite des jeunes ne dépend pas de ça.
Comment expliquez-vous un tel engouement des collectivités pour la distribution systématique de tablettes ?
I.P. : Pour une collectivité, à condition qu’elle en ait les moyens financiers, c’est finalement plus simple de généraliser la distribution ! Parce que toutes les réunions qu’on a eues avec les équipes pédagogiques, les échanges continus avec le rectorat, ça prend du temps. Il a fallu traiter cette complexité, alors qu’on aurait pu avoir cette réponse simple : on vous donne des tablettes, débrouillez-vous avec ça et au revoir… Généraliser, pour une collectivité, c’est juste une délibération à prendre…
Propos recueillis par Nicolas Bérard
Photo : Flickr.
Cet article est tiré de notre dossier « Dans la matrice de l’école numérique », publié en octobre 2022. Retrouvez les autres articles de ce dossier :
– L’école 2.0, un relai de croissance ;
– Sauve un prof, mange une tablette ! ;
– Sortir de l’imaginaire des Gafam ;
– Et maintenant, le baguage… ;
– « La réussite des jeunes ne dépend pas de ça » ;








