Asma, Sandra et Rommelie ont 18 et 19 ans. Après un CAP mode, elles sont en 1re Bac Pro au lycée professionnel Brochier, à Marseille. Rencontre.
L’âge de faire : Comment avez-vous décidé de venir en filière mode ?
Asma : Le collège, ça m’a pas réussi. J’avais une moyenne catastrophique. Rester assise derrière un bureau, ça me fatiguait moralement et physiquement. Alors, comme ma mère est couturière, elle m’a proposé de faire mode. Je fais ça, mais je pense que je vais aussi tâter différents métiers.
Rommelie : Petite, j’aimais trop dessiner des robes de soirée sur des feuilles de brouillon. Mais aux Philippines, je n’avais pas la machine à coudre.
Sandra : Au collège, je rêvais de créer des vêtements, les dessiner. Mais la vie réelle du travail, ça ne m’a pas plu. Maintenant, je suis à fond sur la marine nationale. Je fais mon Bac, et après j’y vais. J’ai des parents policiers, un grand-père commandant dans la marine. Je veux être détecteur, ce sont les personnes qui repèrent s’il y a un problème. Avec la marine, quand tu voyages, tu restes six jours dans le pays où tu vas, ça me plaît ! Après, je pense que j’ouvrirai un magasin de robes de mariée.
Et vous, Asma et Rommelie, ça vous plaît ? Vous allez continuer dans la couture ?
Rommelie : Moi, je veux me spécialiser pour devenir styliste-modéliste.
Asma : Peut-être que j’ouvrirai un magasin avec ma mère. Mais le premier stage qu’on a fait, j’ai été assise pendant un mois à couper du fil et faire des masques…
Sandra : En stage de CAP, on reste assises derrière une machine du matin au soir dans des pièces où y a pas de soleil, c’est très compliqué pour le dos.
Asma : C’est compliqué pour le dos, la vue, le moral ! Et puis, on se rend pas compte, mais pour créer un vêtement, il faut réfléchir, ça prend du temps ! Ma mère et mes tantes me disent : « Fais-moi ci, fais-moi ça… » Sinon c’est vrai qu’en CAP, on reste beaucoup derrière les machines, mais on met la musique, on rigole.
Sandra : On parle et on travaille en même temps.
Où est-ce que vous faites vos stages ?
Sandra : Il y a les industriels, les artisans qui fabriquent chez eux, les associations, et aussi les pompes funèbres. Ce que je préfère, c’est les artisans et les associations.
En CAP, vous avez fait votre « chef d’œuvre » en transformant des vêtements de travail… Vous pouvez expliquer ?
Asma : On devait choisir entre un bleu de travail, une marinière, et une chemise militaire du désert. On devait chercher l’histoire du produit choisi, ses fonctions, pourquoi il était produit comme ça.
Sandra : On a aussi fait des recherches de motifs wax (tissu africain) et provençal, et on les a mélangés pour faire un seul motif. On a créé des planches d’ambiance.
Quels vêtements avez-vous transformé ? Et ça vous a plu ?
Asma : J’ai détesté. J’ai choisi la marinière, c’était en mailles, il fallait que je couse directement, j’avais pas confiance en moi.
Sandra : J’ai adoré ! J’ai choisi une chemise militaire du désert. Au dos, j’ai ajouté une pièce avec des motifs de la forme du logo du groupe BTS* ! J’ai aussi ajouté un rabat sur la poche, et un ourlet sur la manche avec mon tissu. J’attends qu’on me la redonne pour la porter…
Rommelie : J’ai transformé un bleu de travail en robe. J’ai beaucoup réfléchi… J’ai fait comme un éventail.
Est-ce que votre formation a changé votre façon de voir les vêtements et de vous habiller ? Vous cousez pour vous ?
Asma : Un jour, on est allées à un bal. Rommelie a mis des led sous sa robe pour l’éclairer ! Et puis, on a comme une déformation professionnelle. Quand on va acheter un vêtement, si les coutures ne sont pas propres, on ne peut pas l’acheter ! Et quand un vêtement me plaît sur une personne, j’essaie de voir comment je pourrais le reproduire. Là, je suis en train de faire une robe de soirée bleue.
Sandra : J’aime bien récupérer des habits et les transformer. Je modifie même mes chaussures !
Et sur les conditions de travail dans l’industrie textile, vous avez appris des choses ?
Asma : Au Bangladesh, il y a beaucoup d’enfants qui font les teintures alors que c’est cancérigène. Ça provoque des morts, des malformations. Ils utilisent des machines dangereuses sans protection. Mais c’est dur de changer la mode. Ce sont des habitudes ancrées.
Sandra : Faudrait fermer les frontières à ces produits.
Asma : C’est pas si simple. Quand on fait un truc radical, il y a toujours un angle mort quelque part…
Sandra : En plus, la mer va se polluer ! Faut penser à un monde meilleur.
Asma : Toi tu penses positif, moi je pense aux inconvénients ! En tout cas, l’année dernière, comme on en parlait en cours, on parlait tous les jours de ça entre nous…
Recueilli par Lisa Giachino








