Jean-Luc Galli dirige une ressourcerie. Il s’interroge sur le rôle joué par son association dans le cercle vicieux de la surproduction textile.
« L’enfer est pavé de bonnes intentions ! » Jean-Luc Galli dirige la Ressourcerie de Haute-Provence, un chantier d’insertion qui compte trois sites de tri et de revente d’objets. Comme beaucoup d’autres, l’association collecte les textiles et chaussures dans les points d’apport volontaire, et revend les ballots à un grossiste. « On ne les ouvre pas ; ceux qui les achètent cherchent la crème, explique le directeur. Notre modèle économique nous pousse à chercher des sources de revenus annexes. Et puis, à partir du moment où on vend des vêtements d’occasion, on doit trouver un exutoire pour ce qui ne se vend pas. »
Oui, mais… Le personnel de la ressourcerie s’interroge. La collecte du linge de seconde main est-elle bénéfique, ou est-ce un rouage de la surproduction textile ? « Même si on a un impact légèrement vertueux en favorisant l’achat de vêtements d’occasion, on est partie prenante de ce cercle vicieux », reconnaît Jean-Luc Galli.
« Si on arrêtait, il y aurait du linge dans nos rues »
Au départ, le directeur a été « alerté par les médias, et des rencontres avec des personnes de France Nature Environnement ». Des documentaires, comme La Montagne textile, qui montrent que la majorité des vêtements collectés finit à l’étranger, l’ont frappé. « Au Kenya, des milliers de personnes vivent du commerce des fripes, mais elles ne vendent qu’une infime partie, le reste finit en déchets, c’est catastrophique. Chez nous, les associations qui vendent des vêtements d’occasion pour financer leurs actions sociales alimentent cette source de pollution. Les gens ont l’impression de faire une bonne action en donnant : “Au moins, ça servira à quelqu’un !” Mais même ce qu’on vend en boutique sera de trop à un moment donné… La vraie solution, c’est que le flux cesse en amont. » En attendant, « on participe à mettre le problème sous le tapis, estime Jean-Luc Galli. Si on arrêtait, dans 3 ou 4 semaines, il y aurait du linge dans les rues ici plutôt qu’en Afrique ! »
Sensibiliser un territoire
L’association ne peut cependant pas lâcher comme ça son activité textile. « Pour le moment, la seule chose possible pour nous est de sensibiliser un territoire, indique le directeur. C’est notre fil rouge cette année. » Le 15 avril, l’association Colibricole viendra dans la ressourcerie de Sainte-Tulle jouer la scénette Vous reprendrez bien un peu de fast fashion ?. Et dans chacune des trois ressourceries, des vêtements seront exposés avec des étiquettes indiquant leur véritable coût social et environnemental, pour montrer « la face cachée de la fast fashion ».
LG








