Il était jusqu’à présent assez aisé, pour les promoteurs de l’électrification du parc automobile, de se faire passer pour parfaitement propres. Et pour cause : une bonne partie de la phase « sale », en particulier l’extraction des matières premières, était généralement réalisée loin de nos yeux d’Européen·nes. La donne pourrait changer tout prochainement, avec l’ouverture de mines de lithium sur notre sol.
Le Portugal pourrait être le premier concerné. Là-bas, plusieurs projets sont en cours d’instruction, notamment dans le nord du pays, à Barroso, où la British Savannah Resources projette d’ouvrir une exploitation à ciel ouvert sur 593 hectares. Dans cette région, les principales activités sont le tourisme et la paysannerie. La FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) a d’ailleurs classé la zone au « Patrimoine agricole mondial » en raison de « la façon traditionnelle de travailler la terre, du soin des animaux et de l’entraide entre ses habitants » (1). La mine géante compromettrait cette richesse, notamment en raison de la pression qu’elle exercerait sur la ressource en eau – 2 millions de litres d’eau seraient nécessaires pour produire 1 tonne de lithium raffiné. La population locale multiplie les manifs pour faire annuler le projet.
Idem en Espagne, à Cáceres, où l’entreprise australienne Infinity Lithium veut extraire le précieux minerai sur plus de 400 hectares. Une forte mobilisation avait permis de faire annuler le projet de mine à ciel ouvert en 2021.Mais l’envolée du cours du lithium a fait revenir le promoteur à la charge, qui propose désormais une mine souterraine.
Et en France ? « On n’a pas de pétrole, mais on a du lithium », a fait savoir Emmanuel Macron le 26 octobre sur France2. Un projet a été officiellement annoncé par le groupe Imerys à Echassières, dans l’Allier. Objectif : produire, dès 2027, 34 000 tonnes de lithium sur 25 ans. Une extraction ouvertement associée au développement de la bagnole électrique, puisqu’il s’agit de récupérer de quoi équiper 700 000 batteries par an. D’autres projets sont dans les cartons, notamment en Bretagne, sur la commune de Tréguennec, où les habitant·es sont déjà prêts pour la lutte.
À chaque fois, les promoteurs jurent évidemment que leurs exploitations seront au top du top du meilleur de ce qu’il se fait en matière d’environnement. Difficile de faire pire, effectivement, que beaucoup de mines actuellement exploitées, aux impacts sociaux et environnementaux ahurissants. Reste que l’activité minière, par définition, pollue beaucoup. Quoi qu’il en soit, les défenseurs de la bagnole électrique seraient mal venus de s’opposer à une relocalisation d’une activité nécessaire à sa construction. En nous mettant cette réalité minière sous le nez, les exploitations de lithium pourraient finalement nous faire prendre conscience de ce qu’est réellement le capitalisme vert.
Nicolas Bérard
Illustration : @GALLICA







