Face à la dépendance automobile, il n’y a pas que des mauvaises solutions ! De nombreuses mesures pourraient être prises dès demain.
es vraies solutions existent pour faire reculer l’emprise de la bagnole sur nos vies, et par conséquent ses nuisances. La Convention citoyenne sur le climat en a listé un grand nombre. La plupart sont portées par des associations environnementales depuis longtemps.
Le Réseau action climat (Rac) les a récemment compilées et articulées. Beaucoup pourraient être prises demain. La plus évidente est le développement massif des transports en commun, aujourd’hui mal en point. 500 millions d’euros chaque année pendant 5 ans, d’après le Rac, suffiraient pour changer la donne et faire des transports en commun, quels qu’ils soient, une solution évidente pour beaucoup plus de Français. Hors des métropoles, cela commence par le maintien des « lignes fines » ferroviaires. L’infrastructure est là, c’est une chance considérable, encore faut-il l’entretenir : depuis 2015, plus d’un millier de kilomètres de lignes des dessertes fines ont été fermés.
Dans les métropoles, le développement des transports en commun passe notamment par des grands travaux, pour que des RER (des TER beaucoup plus cadencés) voient le jour, ailleurs qu’en région parisienne.
Parallèlement, il faut que les transport en commun soient abordables et faciles à prendre. Un seul ticket mensuel pour toute l’offre de transports et de trains, hors TGV ? La mesure a été prise en Allemagne cet été, et elle est en vigueur en Autriche depuis 2021. Avec le « ticket climat » unique, l’Autriche vise à faire passer la part des kilomètres voyagés en voiture de 70 % à 54 %.
AUSSI UNE QUESTION DE SANTÉ
Et le vélo ? 41 % des trajets de moins de 5 km sont encore effectués en voiture, et plus d’un Français sur deux déclare qu’il ferait plus de vélo si les conditions de sa pratique étaient meilleures : plus de voies cyclables, de parkings… Le potentiel de développement du vélo est considérable. Les leviers sont nombreux : tous ceux qui ont tenté de prendre le train avec leur biclou le savent, ou encore ceux dont l’employeur a refusé le forfait mobilités durables. On pourrait aussi commencer par le début : le vélo, ça s’apprend. Or, la proportion des élèves se rendant à l’école à vélo (3 %) n’a cessé de diminuer ces 30 dernières années, alors que plus d’un tiers des élèves situés à moins d’1 km de leur école s’y rendent en voiture. La sédentarité des enfants commence d’ailleurs à devenir un problème de santé publique. Un plan ambitieux dans l’éducation nationale, couplé à des plans volontaires de déplacements établissements scolaires (PDES), ne pourraient-ils pas inverser cette tendance ?
À court terme, on peut aussi limiter les dégâts causés par la bagnole. La limitation de la vitesse à 110 km/h sur autoroute aurait des effets immédiats et palpables sur les émissions de CO2. Elle aurait aussi l’avantage d’être juste, c’est à dire de faire peser la contrainte sur tous les automobilistes, contrairement aux dispositifs type ZFE. Renforcer le malus-poids, une autre proposition de la Convention citoyenne simple à mettre en œuvre, aurait également un effet à court terme, alors que le parc automobile est en train de se renouveler rapidement vers l’électrique. Ces deux mesures ne coûte raient rien à la collectivité. Elles nous plaisent aussiparce qu’elles mettent des limites au toujours plus : toujours plus vite, plus loin, plus gros, plus cher.
En limitant la démesure de ceux qui en ont les moyens, on donnerait le signal d’une société qui ne valorise plus cette quête de puissance … L’idéologie du « productivisme qui nous émancipe » est d’ailleurs à la racine de notre actuelle dépendance à la bagnole. Il est temps que la collectivité valorise un autre discours. Si elle commençait par interdire la pub pour les bagnoles ?
Fabien Ginisty
Illustration : A. Forchey, 1890. @ GALLICA







